Archives de catégorie : Langue – Activités

At Zik – Nos Anciens

Belaid Ait-Ali, de son nom d’état civil Izarar Belaid, est un auteur d’expression amazighe. Il est né le 25 novembre 1909 à Bouira; il est mort prématurément à l’âge de 41 ans. Son oeuvre constitue un moment important dans l’histoire de la littérature amazighe de Kabylie. Tout en reprenant des genres et des textes de l’oralité traditionnelle, Belaid Ait-Ali les a retravaillés pour y injecter une tendance à la modernité littéraire. Mohand Akli Salhi (https://www.paris-iea.fr/fr/les-publications/mohand-akli-salhi )

 

At Zik

Tagi, mačči d tamacahutt, mačči d taqṣit : d ayen yeḍran, d yiwen “wawal”. D awal, yenna-t yiwen wemdan mazal-it yedder ar tura. Tura meqqer di leɛmer, yerna yeḥbes deg wexxam; waqila yehlek.

Nekkini s yiman-iw, ur-t-id-ssawḍeɣ ara asmi yella yebded ɣef yiman-is, iteffeɣ, ihedder : imiren meẓẓiyeɣ. Lamaɛna, ḥekkun-d fell-as, qqaren d amusnaw ameqqran. Ladɣa, ad yili d tidett, axaṭer ixuleḍ imdanen aṭas.

Netta, cci, yesɛa d ayen ur nferru : d ixxamen, d tiferkiwin, d idrimen; yerna, ɣur-s setta neɣ d sebɛa warraw-is, (welleh ma ẓriɣ, ulamma yiwet n tmurt-nneɣ). Lḥaṣun, s tmesɛiwt-nni yesɛa, yekcem ger lɛulama, wid yeɣran, imussnawen, almi d ulamek. (D netta, dɣa, la k-qqaren, i s-yennan : asmi ur sɛiɣ ara, d igellil, d amellaẓu, awal-iw ur yesɛi ssuma; tura imi rebḥeɣ, rwiɣ, win yekkren yin’as yessen !).

Lḥaṣun, yiwen wass, ihedder-as i yiwen deg warraw-is, yessefham-it; yenna-yas :

– Mi ara d-yas yiwen ɣur-k a k-iciwer bac ad tdebbreḍ fell-as, daymen mel-as abrid yelhan, d win yebɣun yili, ama tḥemmleḍ-t; ama tekriḍ-t, ama d aɛdaw-ik, ama d aḥbib-ik.

Yenna-yas mmi-s :

– Amek ? Acimi ?

Yenna-yas :

– Daymen mel-as abrid yelhan, axaṭer, ma d aḥbib-ik, tḥemmeleḍ-t, mi s-temliḍ abrid-nni n lɛali, ad ak-yaɣ awal, a t-yetbeɛ, dɣa ad yaf lecɣal ggerrzen. Ma d aɛdaw-ik, diɣen, ula d netta mel-as abrid-nni teẓriḍ ad yerbeḥ deg-s, axaṭer, imi t-tekriḍ, ula d netta yekra-k, yerna yeẓra-k tekriḍ-t : dɣa, ur k-yettamen ara, ur k-yettaɣ ara awal; ur yettamen ara wul-is a s-temleḍ rray iweqmen; dɣa mi k-yeṭṭaxer kan, a s-yini : aɛdaw-agi-inu, d abrid n dir kan i yi-d-yemla ! Rǧu : ad aɣeɣ abrid nniḍen ! Atan yuɣ abrid n dir…Daɣnetta, atan, trebḥeḍ-t irkelli : Rebbi, trebḥeḍ ɣur-s ttwab imi temliḍ abrid n lɛali; ma d aɛdaw-ik, tefkiḍ-t i wegrireb !

D ayagi. D wagi i d awal, d wagi i d ttedbir yemmal umussnaw-agi i mmi-s. Tura, dacu ara tiniḍ, ay amdan ? Dacu n tmussni, dacu n lmeɛna ar d-tjebdeḍ, ay amdan, di lɛqel am wagi ? Nekk, lḥaṣun, ur ufiɣ ara iniɣ.

 
Tasuqqelt ar tefransist / traduction en français
Nos anciens
Ceci ne relève ni du conte ni de la légende : c’est du vécu. C’est une réflexion qui fut faite par un brave homme qui vit encore. Il est âgé ; il ne sort plus et il se pourrait qu’il soit malade.
Je ne l’ai pas connu personnellement quand il était dans sa pleine force, qu’il sortait librement et conversait volontiers : j’étais trop jeune alors ; mais, d’après ce qu’on dit, c’était un homme de grande expérience. Ce doit être exact, car il a fréquenté toutes sortes de gens.
Il était extrêmement riche, en maisons, en terres, en argent et il avait eu six ou sept fils, (exactement combien je ne sais pas, bien que nous soyons du même village). Sa richesse lui avait donné entrée dans le monde des lettrés, des gens instruits et de bon conseil, si bien qu’il avait acquis lui-même instruction, éloquence et grande sagesse. (On rapporte de lui cette parole : Quand je n’avais rien, quand je souffrais de la pauvreté et de la faim, mon avis ne valait rien. Maintenant que je suis à l’aise et que tout abonde chez moi, le premier venu me proclame homme d’expérience !).
Bref, un jour qu’il devisait avec l’un de ses fils dont il voulait former l’esprit, il lui dit :

  • Conseille toujours pour son bien celui qui vient te demander avis pour se tirer d’embarras, qui que ce soit, ami ou ennemi, que tu l’aimes ou non…

Son fils demanda :

  • Comment donc ? Et pourquoi ?

Il répondit :

  • Conseille-le pour son bien : si c’est un ami, que tu l’aimes, il tiendra compte de ton avis et tout ira bien pour lui ; si c’est un ennemi, donne-lui le conseil que tu sais être pour son bien : en effet, si tu ne l’aimes pas, il ne t’aime pas non plus et il doit savoir que tu ne l’aimes pas : il se méfiera donc de toi et agira au rebours de tes conseils : il ne lui viendrait pas à l’esprit que tu puisses vouloir son bien. À peine t’aura-t-il quitté qu’il pensera : un homme qui me veut du mal n’a pas pu me mettre sur la bonne route : mais, doucement ! Je vais en prendre une autre ! Le voilà donc engagé du mauvais côté et toi, tu gagnes de deux façons : envers Dieu, tu as le mérite d’avoir bien fait puisque tu as bien conseillé ; quant à ton ennemi, tu l’as mené à sa perte !

Voilà la réflexion dont je parlais. C’est ce conseil que donna ce sage à son fils. Que dire après cela, lecteur ? Quelle instruction, quel profit tirer de cette sagesse ? Pour moi, je ne sais que dire.
 

Lettre à Fadma de Jean Amrouche

Lecture et écoute d’une lettre de Jean El Mouhoub Amrouche à sa mère Fadma Ait Mansour pour lui demander, avec quelle élégance et tendresse et amour, d’écrire ses mémoires (ce qui donnera « Histoire de ma vie ») pour témoigner d’une vie d’épreuves et de combats. Une vie pleine, charnelle, humaine qui est une leçon dont chacun peut s’inspirer.

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Le chacal et la hase – Uccen d tewtult

Cette page bilingue français-berbère est à l’attention particulièrement des familles et des enfants pour faire découvrir, en vrai par le texte, le roman de chacal de Brahim Zellal.

Nous vous souhaitons bonnes lecture et écoute !

Asebter-agi asinutlayan tafransist-tamaziɣt, atan i twaculin d tarwa akken ad issinen – s tidett deg yeḍrisen – tamacahutt n wuccen i d-yeǧǧa Brahim Zellal.

Nbudd-awen taɣuri d timesliwt igerrzen !

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A Ssaɛid U Laɛmara

Craignant que la beauté des chants berbères ne disparaisse avec la voix de sa mère, Jean Amrouche a consigné dans son ouvrage « Chants berbères de Kabylie », ceux qui ont bercé son enfance. Il les a sauvés en kabyle, et la traduction qu’il en a fait en français les a inscrits dans le patrimoine universel. La chorale Tilawalin vous propose une version contemporanéisée, parce que ces chants sont vivants et toujours en évolution avec la langue et les mots de l’époque.
Texte populaire anonyme – Aḍris aɣerfan awarisem –
Extrait du concert en l’église de Rivolet (Villefranche-sur-Saône ) le 12 juin  2021.


 
A Ssaɛid U Laɛmara
1er couplet (mezzo forte)
 A Ssaɛid u Laɛmara                                Ô Saïd ou Lamara
A taɛenqiqt n wezrem                            Au cou mince et effilé
A wi k-yafen d aqeclaw                           Puisses-tu être brindille de paille
I tala a k-id-yagwem                                Pour qu’en puissant l’eau je te trouve
Ger lmaɣreb d lɛica                                Entre le crépuscule et la nuit noire
A k-id-yerr d bunadem                            Je te rendrais ta forme d’Adam
 
2e couplet (piano)
 A Ssaɛid u Laɛmara                                  Ô Saïd ou Lamara
Kečč ay udem n tayri                                 Toi, visage  de l’amour
Allen-ik sant g wul-iw                               Tes yeux tapissent mon cœur
Isem-ik yeǧǧuǧeg am yitri                        Ton nom est fleur d’étoile
Imeslayen-ik zgan yid-i                             Tes paroles vivent en moi
Uɣalen d tament d udi                               Devenues douces comme beurre et miel
 
3e couplet (mezzo)
 A Ssaɛid u Laɛmara                                          Ô Saïd ou Lamara
Ay uzyin iles aẓidan                                          Toi si beau, aux mots si doux
Tefulkiḍ g ubernus n tgecca                            Tu es beau dans  l’habit de soie
Ay alhin n yiglan yeɣman                                 Ô génie des horizons colorés
Riɣ-k ay Amaziɣ imula                                      Je t’aime ô Amaziɣ   du nord
Kečč teǧǧiḍ ul-iw d asninan                             Toi tu as laissé mon cœur endolori.
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tagecca : leḥrir                              alhin : lǧin                            igli/iglan : horizon             riɣ-k :   ḥemmeleɣ-k
tefulkiḍ : tezyeneḍ                         flali : flewlew
 
 
               
 

Le breton, génie d’une langue vigoureuse et expressive

La France a toujours vécu d’une tension entre l’esprit national et le génie des pays qui la composent, entre l’universel et le particulier. Mona Ozouf se souvient l’avoir ressentie au cours d’une enfance bretonne. Dans un territoire exigu et clos, entre école, église et maison, il fallait vivre avec trois lots de croyances disparates. A la maison, tout parlait de l’appartenance à la Bretagne. L’école, elle, professait l’indifférence aux identités locales. Quant à l’église, la foi qu’elle enseignait contredisait celle de l’école comme celle de la maison. 

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Préserver les langues amazighes

Voici une occasion exceptionnelle d’apprendre et de participer à la préservation des langues amazighes. Saisissez l’opportunité gratuite et utile proposée par Massinissa Garaoun doctorant à l’École Pratique des Hautes Études à Paris. Spécialiste de la typologie des contacts linguistiques, il ouvre cette année un cours gratuit intitulé Autodocumentation des langues amazighe avec l’Institut des Langues Rares : l‘ILARA.

Cet Institut est un centre de formation, d’expertise et de ressources portant sur les langues peu décrites, peu enseignées ou peu parlées, parfois en danger d’extinction, ou déjà éteintes, dans toutes les familles linguistiques du monde: https://www.ephe.psl.eu/actualites/l-ephe-psl-annonce-la-creation-de-l-institut-des-langues-rares

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Tabratt i Faḍma sɣur J.Amrouche

Unaẓur n umezgun d tmedyazt Ḥass Mess yefka-yawen-d, d tarzeft, yiwen weḍris n Jean El Muhub Ɛamruc ( umyaru afransis amaziɣ) i d-terra Nasira Abrus si tefransist ar tqebaylit. Taɣuri n Ḥass Mess ternu-yas tafulki (cbaḥa) i teqbaylit d wawal n tayri d leqdeṛ n Jean i yemma-s Faḍma At Menṣuṛ Ɛamruc. Teǧǧa-yaɣ-d nettat, daɣen yiwen ugerruj n tesmekti (unecfu) « Taḥkayt n tmeddurt-iw ».

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Taddart-iw – Amur wis 2 – Ussan di Tmurt – Mulud Ferɛun

« Taddart-iw » – Atan umur aneggaru n weḥric amezwaru n wedlis n Mulud Ferɛun « Ussan di Tmurt ». D tasuqqelt sɣur tefransist n Kamal Buɛmara. Tzemrem ad as-teslem, a t-teɣrem s teqbaylit neɣ s tefransist (ddaw-as) iwakken a teẓrem amek i tga tsuqqelt-a. Nbudd-awen(t) taɣuri d timesliwt igerrzen. Tutlayt taqbaylit-agi, ɣures azal ameqqran !

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« Méditerranée, de rivages en visages »

 

LE CHANT TRADITIONNEL REDÉCOUVERT ET TRANSMIS

En partenariat avec le Conservatoire de Musique de l’agglomération Villefranche –Beaujolais – Saône, Awal Grand Lyon – dans le cadre de sa mission pour faire vivre et partager la culture berbère comme culture de France –  a apporté sa contribution à un projet artistique et pédagogique à l’attention d’enfants de 9 à 10 ans.

Ainsi, au sein du projet « Méditerranée, de rivages en visages » conçu et dirigé par Ouarda Lux professeur de chant et chef de chœur au conservatoire, la culture berbère a été mise à l’honneur sur trois temps importants :

Vendredi le 21 mai 2021  de 14 h 30 à 17 h : présentation au Conservatoire de la culture et du chant traditionnel berbères à deux classes CHAM (classe horaire aménagé), pour des enfants qui suivent un enseignement spécialisé d’éducation musicale  et auprès d’élèves de cursus classiques.

 En l’église de Rivolet :

Samedi 12 juin 2021 concert  à 16 h, des élèves du Conservatoire ont, dans leur répertoire, intégré et interprété un chant berbère  transmis par Ouarda Lux « gug a memmi gug », berceuse chaouie, collectée auprès de Abdelhamid Aksa  à Menàa dans les Aures, en août 2003.


 

Ouarda Lux à son tour, a interprété, en hommage à Idir, « a vava inouva »


 

Concert de clôture à 20 h,  le chœur franco-berbère Tilawalin a présenté son répertoire de chants traditionnels et populaires durant 1h15, sous la direction vocale et artistique de Ouarda Lux,

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Mon village (1) – une lecture redécouverte de Jours de Kabylie

Mouloud Feraoun, une plume forte, si expressive et si simple, dans une langue française qui colle au contexte si spécifique de ces « Jours de Kabylie. C’est une lecture rafraichissante qui vous transporte entre le roman et le conte. Peut-on prêter à un village un point de vue singulier et la capacité à l’exprimer ? Bonne lecture et bonne écoute.


Je ne suis pas de ceux qui détestent leur village. j’ai pourtant bien des raisons de ne pas en être fier. Il sait que j’ai voyagé et vécu longtemps ailleurs, mais il s’est habitué à mes retours. Alors, à force de toujours me perdre et de sans cesse me retrouver, il ne fait plus attention à moi. Il ne me craint pas, pour tout dire. Il me réserve chaque fois un accueil très simple avec son visage de tous les jours, exactement comme il reçoit ceux de ses enfants qui l’ont quitté le matin et qui, le soir, rentrent des champs. Cette marque de confiance est touchante, je l’apprécie beaucoup.

Ceux qui y reviennent et en disent du mal, le font un peu par dépit. Ils lui en veulent d’être si laid, et, sans doute, les comprend-il puisqu’à leurs yeux il se fait plus laid lorsqu’ils reviennent de loin après une longue absence, la tête encore toute farcie de belles images. Dans le fond, ils l’aiment bien, quoi qu’ils disent. Ils finissent toujours par le voir tel qu’il est et par lui trouver des charmes, mais, à partir de ce moment, ils s’identifient à lui. Ce ne sont plus des nouveaux. D’autres les trouvent laids qui, à leur tour, ne tarderont pas à ressembler à tout le monde. Spectateur immuable du va-et-vient continuel de ses enfants qui émigrent : notre village nargue les prétentions impatientes et fatigue les longues espérances, il reste égal à lui-même.

S’il accueille sévèrement les nouveaux débarqués, c’est qu’ils apportent avec eux l’air malsain de la ville. Je crois le deviner mais il ne peut pas m’en savoir gré, car il se figure que tout le monde le devine et qu’on fait exprès de le mépriser. C’est ce qui explique son excessive susceptibilité. Il semble dire à chacun de ses enfants prodigues :

Ne fais pas le faraud, mon petit, avec ton beau costume et ta valise. N’oublie pas que ce costume perdra bientôt ses plis. Je m’en charge. Il sera taché d’huile, couvert de poussières invisibles qui lui enlèveront son éclat. J’y mettrai des mites, moi. Et un jour qui n’est pas lointain, tu le sortiras pour le porter au champ quand tu iras défricher. Et alors, tu vois ce qui l’attend ! Ta valise ? Parlons-en ! Je sais où elle ira, cette valise. Sur l’akoufi de la soupente, n’est-ce pas ? – Je suis tranquille. Elle aura le temps de s’enfumer. Tu la sortiras un jour pour t’en aller de nouveau. Elle te couvrira de ridicule dans le train et sur le bateau.

 
A suivre …..